_ Est-ce que moi, je te fais pitié?
_ Mais là n'est pas la question, Harry.
_ Si, justement!
Harry soutint le regard de son parrain. Il y avait dans les yeux de Sirius une hésitation perceptible qui indiquait qu'il venait de comprendre quelque chose: Il ne savait absolument rien du passé de Harry.
_ Que veux-tu dire, Harry?
La voix de Sirius s'était faite très douce et calme. Les rôles semblèrent s'inverser. Harry sentit qu'il avait dit ce qu'il fallait pour que son parrain cesse de se lamenter, mais il se rendait compte à présent qu'il ne s'en tirerait pas à si bon compte. Et pourtant... Jamais Harry n'avait abordé ce sujet avec personne. Même Ron n'en savait pas grand'chose. Tout ce que son meilleur ami savait, c'était que Harry avait été enfermé dans la plus petite chambre de chez les Dursley pour ne pas qu'il puisse retourner à Poudlard lors de sa deuxième année d'étude, mais Ron ne savait rien de l'"avant". Et Sirius... Sirius encore moins, puisqu'ils n'avaient pas pu avoir de réelle discution durant les vacances d'été, ni pendant les quelques jours que Harry était venu passer Square Grimmaurd pour Noël.
Harry baissa les yeux, se releva et s'éloigna en direction du petit lit. Comment expliquer cela à Sirius?
_ Sirius...
_ Oui?
_ Lors de notre première "rencontre", j'allais entrer en troisième à Poudlard. J'étais dehors, errant dans les rues de Little Whinging. C'est la première fois que tu m'as vu, c'est bien ça?
_ Oui, Harry. Pourquoi?
_ Qu'as-tu pensé, Sirius?
Les yeux de son parrain montraient son incompréhension. Alors, avant qu'il ait pu poser une question, Harry ajouta:
_ Qu'as-tu compris de la situation? De ce que je faisais là, à une heure pareille, avec ma valise? Qu'est-ce que cela t'a évoqué?
_ Je... pardon? Je n'en sais rien, Harry, je n'ai pas vraiment fait d'analyse! Je voulais te voir, c'est tout! Je ne t'avais plus vu depuis que tu avais un an. Pourquoi? Qu'est-ce que j' --
Sirius s'interrompit. Harry lui lançait des regards appuyés pour lui faire comprendre, pour essayer de lui faire deviner ce qu'il y avait à comprendre. Et il comprit. À cet instant précis, ses yeux s'aggrandirent. L'on pouvait y lire un mélange de surprise, d'horreur et d'excuse.
_ Harry, je... Je suis désolé, je... ne savais pas. Je croyais que... que tu partais pour Poudlard autrement, que... que c'était une mesure de sécurité contre moi, je... Je ne sais pas...
Un silence très lourd était tombé dans la pièce tout à coup. Sirius s'était relevé et avait détourné le regard de son filleul. Il commença à arpenter la pièce en tout sens.
_ Tu... tu t'étais enfuis?
Harry n'eut pas besoin d'approuver ou de nier ce que son parrain venait de dire car, ce qui avait sonné comme une question n'en était en vérité plus une. D'ailleurs, Sirius n'attendait pas de réponse. Il était frappé d'horreur. L'horreur de se rendre compte qu'il ne savait rien du passé de son filleul. Et il s'en voulait.
_ Et... peux-tu m'en dire la raison? demanda-t-il, avec une voix dans laquelle son malaise était plus que perceptible.
_ Je peux, mais je ne crois pas que cela soit nécessaire, répondit Harry. Tu as bien deviné, je m'étais enfui parce que je n'étais pas bien là où j'étais. Les Dursley n'ont jamais été très agréables, tu sais.
_ Mais... Tu... Enfin... Pourquoi tu me dis ça? ça n'a r--
Sirius s'interrompit encore une fois, mais cette fois-ci, il y avait un changement inverse dans son attitude. Une forme de bataille intérieure s'était à nouveau engagée. Il cligna des yeux avec un effort apparent qui inquiéta Harry. Il se rapprocha de son parrain et le prit par les épaules.
Mais Sirius se dégagea brutalement. Harry en perdit l'équilibre un court instant et tenta de se rattraper aux rideaux qu'il arracha en tombant.
_ NE T'APPROCHE PLUS DE MOI!!!
_ S-- Sirius?
_ NE ME TOUCHE PLUS JAMAIS!!! Toi et ta pitié! T'as tellement pitié de moi que tu essayes de comparer des situations qui ne sont pas comparables! Tu essayes de me faire croire que tu comprends, que toi aussi tu as été dans le même genre de situation! ENCORE CETTE FOUTUE PITIÉ!!! Ma mère avait raison! C'est tout ce que je suis capable de --
_ Tu n'as rien compris, Sirius!
_ Ah non? Je n'ai pas compris? Alors vas-y! Dis-moi! Dis-moi ce que j'aurais dû comprendre!
L'espace d'un instant, Harry cru avoir aperçu des yeux rouges à la place de ceux de son parrain. Mais Sirius avait très vite détourné la tête et il lui fut impossible de vérifier si c'était un reflet de lumière qui l'avait abusé ou si ses yeux n'avaient pas menti.
_ Tu -- Tu m'écouteras jusqu'au bout? Sans m'interrompre, Sirius?
Était-ce encore son parrain qui se tenait là devant lui?
Sirius sembla se calmer, presque aussi soudainement qu'il avait changé d'attitude la dernière fois. Harry l'entendit respirer profondément à plusieurs reprises. Mais il ne voulait pas prendre l'absence de réponse pour un "oui", alors il attendit que son parrain lui réponde. Sirius s'était approché du petit lit dans le coin de la pièce et s'assit dessus, faisant grinçer les montants du lit, vieux de plusieurs générations, semblait-il.
_ Vas-y, je t'écoute.
Harry se rapprocha de l'armoire à laquelle il manquait une porte et s'assis contre.
_ Tu sais, Sirius, cette chambre est à peu près dix fois plus grande que l'endroit où j'ai dormi jusque l'âge de 11 ans.
_ Quoi? Comment est-ce p--
_ Sirius, s'il te plaît, laisse-moi finir.
Sirius fit un signe de tête qui invita Harry à continuer son récit.
_ Je dormais dans un placard, sous l'escalier de chez les Dursley. Ils n'ont jamais voulu s'occuper de moi, ils me l'ont toujours assez fait sentir. Dudley, leur fils, trouvait amusant de se servir de moi comme punching-ball. Mais c'était loin d'être le pire. Dès qu'il se passait quelque chose qui n'était pas normal, ça retombait sur moi: enfermé dans le placard, sans manger, rabaissé sans arrêts. La seule chose que les Dursley ne m'ont jamais fait -- à part Dudley occasionellement -- c'est de me frapper. Mais certains mots sont pires que des coups, tu sais?
Harry détourna le regard car il senti que celui de Sirius s'était posé sur lui.
_ Je n'avais pas le droit de poser des questions sur mes parents parce qu'ils les détestaient. J'ai toujours cru qu'ils étaient morts dans un accident de voiture. C'est Hagrid, en venant me chercher, qui m'a détrompé à ce sujet-là. Bref, c'était le plus beau jour de ma vie quand j'ai enfin pu quitter cette maison et découvrir la magie. Il y a eu des épreuves, certes, et je ne doute pas qu'il y en aura encore. Mais cela reste l'un des plus grands bonheurs de ma vie. Le second, ce fut de découvir que j'avais encore un parent vivant: toi, mon parrain.
Il respira profondément. C'était étrange de relater tout cela ainsi, alors qu'il ne l'avait jamais fait. Mais d'une certaine manière, cela lui faisait du bien de le raconter à quelqu'un, d'autant plus que Sirius était la seule personne avec laquelle il aurait accepté d'en parler.
_ Avant ma seconde année d'étude à Poudlard, les Dursley ont essayé de m'enfermer dans ma chambre -- à ce moment-là j'avais eu droit à la seconde chambre de Dudley. Ce sont Ron, Fred et George qui sont venus à mon secours et m'ont ainsi permis de pouvoir continuer mes études. Avant ma troisième année, j'ai dû entendre la soeur de mon oncle débiter toutes ces conneries sur les "tares animalières" qu'elle attribuait à mes parents pour que j'ai si mal tourné. Elle insultait mes parents et je n'ai pas pu le suporter. Je ne me suis pas contrôlé et je l'ai gonflée comme un ballon. Ensuite je me suis enfuit, et c'est là que tu m'as vu pour la première fois. Avant la quatrième année, ils ont simplement essayé de m'affamer en me faisant suivre le même régime de Dudley qui fait presque cinq fois mon poids, mais à partir de cette année-là, ils ont été corrects. Et tu sais pourquoi?
_ Non Harry. Pourquoi?
_ Parce qu'ils ont appris ton existence. Tu es la chose qui me soit arrivée de mieux, Sirius. Et jamais je n'éprouverai de pitié pour toi alors que, crois-le ou non, j'ai vécu une expérience similaire.
Un silence suivit qu'aucune des deux parties n'essaya de briser. Harry promena son regard sur les murs lugubres de la pièce. Il vit alors quelque chose dans le coin d'un des tableaux accrochés au mur: une personne les espionnait.
Il se releva d'un bond et se dirigea vers cette toile qu'il avait tout d'abord crue vide. Lorsqu'il parvint plus près, son occupant s'en était allé.
_ Sirius, qui était là?
_ Pardon? demanda celui-ci, sortant doucement de ses pensées.
_ Qui était là? Qui nous observait?
_ Oh... Ma mère.
_ Ta -- mère? Il y a un tableau de ta mère dans ta chambre?
_ Dans mon ancienne chambre, oui. Et pas qu'un.
Harry observa les murs et se rendit compte qu'il y avait un tableau chaque fois qu'il y avait de la place pour en mettre un. Au dessus du petit lit où était assis Sirius, il y en avait deux, en face un seul, et sur le mur parallèle à celui du lit, trois toiles noires étaient alignées.
_ Est-ce que c--
_ Oui, ce sont tous des tableaux de ma mère. Elle les y a collés avec un sortilège que je n'ai jamais pu inverser. À l'époque, ce n'étaient que des tableaux vides destinés à la représenter elle quand elle viendrait à mourir, afin de pouvoir me tourmenter, même morte. En attendant, c'étaient les personnages des autres portraits qui venaient remplir ce rôle. Chaque jour, j'étais surveillé. Chaque jour on me rappelait que je n'étais pas digne d'être un Black. Quelle bénédiction lorsque je pouvais enfin retourner à Poudlard! Malheureusement j'étais obligé de rentrer pour les vacances de Noël. Et pendant ces deux semaines, l'on ne cessait de me répéter que je n'avais pas d'amis, que je n'étais rien et que.. que personne ne voudrais être amis avec moi s'ils savaient ce que j'étais.
_ Ce que tu étais?
_ Ma mère m'a dit qu'elle avait jeté un sorilège de confusion très puissants pour essayer que personne ne se rende compte de ma médiocrité. Elle m'a dit qu'elle avait fait ça par bonté, et que si je ne lui obéissais pas, elle le lèverait, et je n'aurais alors plus d'amis. Plus jamais.
_ Mais c'est faux, Sirius!
_ Et qu'en sais-tu? répliqua-t-il, un peu plus agressif qu'il ne l'aurait voulu. Étais-tu là pour le savoir? Elle me l'a dit, et c'est tout. N'ayant aucun moyen de vérifier, tout ce que je pouvais faire était de la croire, juste au cas où. Jamais je n'aurais voulu perdre James ou Rémus. Jamais.
_ Ce n'est pas de cela que je parlais, Sirius, mais de toi. Tu n'es pas médiocre! Tu es extraordinaire! La seule chose qu'ils pouvaient avoir à te reprocher, c'était de ne pas t'être tourné vers les forces du mal! Et tu as fait le bon choix! Tu as prouvé ta valeur, tu as prouvé que tu étais quelqu'un de bien! Différent de ta famille, et c'est tant mieux!
Les yeux de Sirius s'agrandirent. Il regarda Harry avec un regard nouveau.
_ Tu -- Tu penses vraiment tout ça, Harry?
_ Bien sûr!
Un sourire se dessina sur le visage de son parrain. Peu à peu, il perdit les traits qui l'avaient fait ressembler au Sirius sorti d'Azkaban deux ans plus tôt. Il s'approcha de Harry et le prit dans ses bras. Ils se serrèrent mutuellement pendant quelques minutes. Plus rien à présent ne semblait les séparer.
Ils se dirigèrent vers la porte qui était restée entrouverte et Sirius l'ouvrit avec son pied pour ne pas lâcher Harry qu'il serrait toujours contre lui. Ils commencèrent à descendre les marches recouvertes d'un tapis particulièrement usé et rongé par les mites. Harry s'arrêta en bas des escaliers et se tourna vers son parrain. Il le regarda droit dans les yeux, mettant toute la tendresse dont il était capable dans ce regard afin d'appuyer les mots qu'il allait dire.
_ Sirius, je suis très fier de t'avoir comme parrain.
Sirius ne dit rien tout de suite. Il le regarda en mettant lui aussi autant de tendresse qu'il le pu dans son sourire. Il y eut une entente parfaite entre ces deux êtres, et Harry n'eut pas besoin de voir les lèvres de Sirius bouger pour entendre ces mots:
_ Harry, moi aussi je suis fier de toi. Tellement fier!
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Et voilà! Cette histoire est terminée! :D
Je dois dire que je suis assez fière de moi ^^ Mais j'ai parfois tendance à être trop vite satisfaite :s
Quelle est votre opinion? Qu'en pensez-vous? Dites-le moi! :D
J'ai un projet de One-shot à affiner que j'espère pouvoir bientôt mettre en ligne.
Et puis... encore une tonne d'idées auxquelles je voudrais pouvoir donner toute liberté
d'expression et auxquelles je dois mettre un frein si je ne veux pas foirer cette foutue seconde sess' --"
Mais écrire reste mon passe-temps favori, alors je n'arrêterai pas de si tôt xD
À très bientôt, et merci de lire ce que j'écris, cela me fait très plaisir :-)
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