Au loin le soleil s'annonçait de par delà les montagnes. Le ciel pâle des premières lumières du jour invitait à la contemplation des merveilles environnantes. Et que de merveilles... Ce n'était certainement pas cela qui manquait aux alentours de Poudlard. Le parc abritait les prémices de la vie printanière à l'ombre des regards indiscrets. Les fleurs bourgeonnantes montraient des signes d'éveil et les dernières empreintes de l'hiver s'effaçaient sous la douce brise tiède qui venait tout droit de la vallée en contrebas. Comme le printemps était en avance, cette année. Février venait à peine de s'installer.
Au milieu de ce parc se tenait un chateau très imposant de par sa taille et ses nombreuses tours. En temps normal et à une pareille heure, certaines lumières seraient déjà visibles au travers des fenêtres, mais ce jour-là étant un samedi, la vie à Poudlard commençait un peu plus tard. Aussi, en observant bien les fenêtres de la tour de Gryffondor, il était possible d'apercevoir la silhouette de quelqu'un, recroquevillée près de cette ouverture.
Cette silhouette était en réalité une jeune fille de 11 ans, assise près de la fenêtre, le visage appuyé contre la vitre dont la fraîcheur bienfaisante l'appaisait. Ses longs cheveux roux reposaient sur ses épaules. Quelques mèches rebelles en dégringolaient doucement pour venir effleurer le visage de leur propriétaire. Ses mains pales de n'avoir pas vu le soleil depuis une éternité étaient enroulées autour de ses genoux, blottis contre elle.
Il y avait des larmes au bord de ses yeux verts. Les traces sur ses joues indiquaient que d'autres les avaient précédées durant la nuit. Son lit, juste à côté d'elle, était à peine défait. Elle n'avait pratiquement pas dormi.
Les autres occupantes du dortoir dormaient encore. Après tout, il n'était que 7 heures et quart. Ginny observa la pièce et dû constater pour la N-ième fois qu'elle était la seule à avoir un tel désordre au pied de son lit. Quelques robes étaient jetées pêle-mèle sur sa valise. Quelques plumes cassées jonchaient le sol et un pot d'encre vide leur tenait compagnie. Ses livres de cours donnaient l'impression d'être tombés de la petite étagère de la table de nuit et deux d'entre-eux étaient ouverts et retournés.
Les autres filles ne cessaient de lui demander de ranger tout ça parce que "ça fait mauvais genre quand les élèves des autres dortoirs passent leur dire bonjour". Mais Ginny ne les écoutaient pas. Elles n'étaient même pas des amies, alors elles n'avaient rien à lui dire. Personne n'avait rien à lui dire, en ce moment. Personne, sauf lui.
Ginny se redressa et sembla fouiller ses affaires du regard. Elle visualisait ce qu'il y avait en dessous de ses robes et du tas de chausettes vaguement empillées dans un coin. Parmis les livres, elle en repéra un plus petit que les autres dont la couverture en cuir noir ne semblait pas avoir été altérée par sa négligeance. Elle s'en saisit, avisa une plume en bon état et un encrier, s'installa à nouveau auprès de la vitre et se prépara à écrire.
_ Bonjour, Tom.
Elle attendit quelques secondes pendant lesquelles l'encre traversa la feuille de papier jauni sans toucher les autres pages du petit journal. Puis la réponse apparut.
_ Bonjour, Ginny.
Son écriture était très nette et soignée. C'était agréable de lire ce qu'il lui écrivait. Lui, son seul ami. Ginny allait lui répondre mais il la devança.
_ Comment vas-tu? As-tu passé une bonne nuit?
Elle suça l'extrémité de sa plume tout en réfléchissant à ce qu'elle allait lui répondre. Par où commencer?
_ Je n'ai pas vraiment dormi, Tom. Je suis... fatiguée. Fatiguée, sans pouvoir dormir. Je ne cesse de pleurer. Je voudrais que ça s'arrête. Mais comment? Comment puis-je faire?
Elle reposa sa plume et attendit la réponse qui ne se fit pas attendre très longtemps.
_ Il n'existe pas de réponses pré-écrites. C'est à toi de les trouver et je suis navré d'avoir à te dire que dans ce domaine, la seule aide que je puisse t'apporter est de t'écouter en essayant de te consoler.
La déception fut visible sur le visage de Ginny l'espace d'un instant puis elle disparut. Elle s'en doutait. En vérité, elle ne s'était pas attendue à recevoir une réponse claire et précise sur "Comment s'y prendre". D'ailleurs, ç'aurait été trop simple.
_ Je l'aime, tu sais?
Une larme accompagna ces mots. Elle tomba sur le journal, venant ponctuer sa phrase, et traversa la page à l'instar de l'encre noire qu'elle utilisait.
_ Ne pleure pas... Tout va s'arranger, tu verras.
_ Mais comment faire pour qu'il me remarque? Comment faire pour qu'il se rende compte que j'existe? Ne suis-je qu'une simple gamine à ses yeux?
Ses larmes continuaient de tomber et de traverser le papier
_ Je ne crois pas, Ginny. Tu es quelqu'un de formidable, il ne peut pas penser sérieusement que tu n'es qu'une gamine. Et si c'était le cas, alors il ne te mériterait pas. Puisque tu en es amoureuse, c'est que tu sais qu'il en vaut la peine. Alors tu vois? Il ne peut pas penser ça...
Un faible sourire éclaira le visage de la jeune fille. Tom savait toujours quoi dire pour la consoler.
_ Merci Tom. Tu es mon seul ami, tu sais? Le seul qui s'intéresse vraiment à moi...
_ Je le sais, Ginny, ne t'en fais pas.
Un bruit à côté d'elle lui fit prendre conscience que quelqu'un venait de se réveiller. Ne voulant pas que l'on lui demande ce qu'elle faisait là, elle écrivit à toute vitesse:
_ Je dois te laisser. Je te donnerai des nouvelles très bientôt, promis.
_ Prends soin de toi, Ginny.
_ Merci.
Ginny referma vite le petit livre noir et se précipita sur son lit en le remettant à sa place initiale: sur l'étagère. Elle s'assit au bord de son lit pour faire croire qu'elle venait elle aussi de se réveiller et chercha une paire de chaussettes correctes. Elle se prépara en silence alors que trois filles dormaient encore, puis elle descendit dans la salle commune où quelques élèves attendaient déjà leurs amis pour aller manger. Elle s'assit dans un des fauteuils près du feu où il avait l'habitude de prendre place et attendit un moment sans trop savoir ce qu'elle attendait exactement.
Elle réfléchissait... Elle pensait à lui, à celui dont elle était tellement amoureuse qu'elle n'en dormait plus. À Harry.
"Tout ce que je voudrais, c'est un regard. Juste un regard. Un de ceux qui me prouveraient que j'existe à ses yeux... Un de ceux qui me laisseraient ne serait-ce qu'un mince espoir..."
Elle sentit que ses yeux se remplissaient de larmes à nouveau et se ressaisit. C'était une chose de pleurer quand personne ne pouvait la voir, ç'en était une autre de pleurer devant tout le monde.
_ Ginny?
Elle se retourna pour voir qui l'avait appelée.
_ Hermione? Tu es déjà levée?
_ Eh bien, en réalité je suis levée depuis une bonne heure à présent, je voulais travailler un peu avant d'aller manger. Et toi?
_ Oh, heu.. Je viens de me lever. J'allais aller dans la Grande Salle.
_ Tu viens, on y va ensemble?
_ D'accord.
"Si seulement ç'avait été Harry qui m'avait proposé de l'accompagner..."
"Au secours! Je me sens si faible... Où suis-je? Tom? Tom! Je t'en supplie, libère-moi! Laisse-moi partir! Tom!"
Aucune réponse ne faisait écho à son appel. Ginny se sentait partir. Tout autour d'elle, les ténèbres l'entouraient. Elle avait perdu la notion de temps depuis une éternité, semblait-il. C'était encore pire que lorsqu'il la possédait car alors elle était inconsciente. Mais avoir conscience de son impuissance est encore pire que de l'ignorer.
"Si faible... Je suis si faible... Au secours... Que quelqu'un vienne à mon aide, je vous en supplie! Aidez-moi! Harry!!!"
Était-ce un bruit de pas qu'elle avait entendu, lointain écho d'une vie qu'elle cherchait désespérément à rejoindre? Avait-elle effectivement entendu quelque chose? N'était-ce pas son imagination qui l'abusait?
Ginny sentit que des forces lui revenaient. Petit à petit, elle prit conscience du contact de la pierre froide sur laquelle elle était allongée. La sensibilité revint dans ses membres en même temps qu'elle essayait d'ouvrir les paupières, ausi lourdes que si elle sortait d'un profond sommeil.
Elle fit un dernier effort et parvint à ouvrir les yeux. Elle se redressa et vit alors l'énorme Basilic à l'autre bout de la chambre, mort. Un léger soupir de soulagement échappa à ses lèvres et elle se retourna.
Harry. Harry était là, devant elle, le petit journal noir à la main. Et il la regardait.
Elle balbutia quelques mots presqu'incompréhensibles mais Harry l'arrêta.
_ Tout est fini, maintenant. Jedusor n'existe plus... Ils sont morts tous les deux, lui et le Basilic. Viens, Ginny, sortons d'ici. *
Ginny le suivit en baissant la tête. Elle avait tellement honte d'elle. Elle marmonna qu'elle allait être renvoyée, et tout une série d'autres choses qui la tracassaient soudain puis s'arrêta net. Elle venait de se rendre compte de quelque chose de très important: Harry l'avait regardée! Il était venu à son secours! Il savait qu'elle existait!.
Le coeur soudain plus léger, elle se remit en marche, juste au moment où Harry se retourna pour vérifier qu'elle le suivait bien.
_ Après tout, pensa-t-elle, je suis vivante. Et j'ai encore toute la vie pour l'aimer, et lui faire découvrir que je l'aime.
Elle sourit à cette idée.
"Harry Potter, je serai celle qui t'apprendra ce qu'est l'amour, le vrai."
o° Fin °o
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Qu'en avez-vous pensé?
J'ai eu beaucoup de mal à me replonger dans le deuxième tome,
vu que je suis plutôt à fond dans le 5ème et le 7ème.
Mais j'avais vraiment envie de faire un One Shot sur l'amour de Ginny
à ses débuts ^^
J'espère que cela vous a plu :-)
À bientôt pour de nouvelles fictions de mon cru ;-)
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