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Harry se redressa d'un bond dans son lit. Le dortoir était silencieux. Tout le monde dormait encore. Seamus poussa un léger ronflement avant de se retourner dans son lit en marmonnant quelque chose d'incompréhensible. Probablement était-ce lui qui l'avait sorti de son sommeil... de son cauchemar. Harry s'adossa au montant de son lit et essaya de reprendre son souffle. Mais celui-ci se faisait rare et laborieux. Encore ce rêve... Encore ce cauchemar... Le même depuis des semaines. Et pourtant, Harry n'en avait parlé à personne. Ni Ron ni Hermione ne pourraient comprendre, ils ne venaient pas de perdre le dernier membre de leur famille, eux. Et il était hors de question d'aller trouver Dumbledore. Harry ne lui avait pas encore pardonné. Peut-être ne lui pardonnerai-t-il jamais.
Il écarta les rideaux de son lit à baldaquin. Par la fenêtre du dortoir, il pouvait apercevoir l'aube pointer à l'horizon. Il décida alors d'aller marcher dehors. Cela lui permettrait peut-être de trouver un peu plus d'oxygène. Il se leva et enfila un pantalon et un t-shirt noir, par-dessus lesquels il passa sa cape dont il rabatit le capuchon afin que son visage ne soit pas visible. Il prit ses chaussures en main, mit sa baguette dans la poche intérieure de sa cape et sortit du dortoir. Arrivé dans la salle commune, encore vide à cette heure très matinale de la journée, il s'assit dans un fauteuil et laça ses chaussures. Le feu était à présent complètement éteint dans l'âtre. Mais la chaleur habituellement distilée dans la pièce grâce au feu de la cheminée serait probablement inutile aujourd'hui au vu de la chaleur que la journée annonçait. Harry sortit du château et se dirigea vers le lac. Il jeta un regard de reproche au ciel d'un bleu sans nuage. Les oiseaux se réveillaient doucement dans les arbres de la Forêt Interdite qui borde le lac et le parc de Poudlard.
Harry aurait voulu qu'il pleuve, qu'il tonne, qu'il grèle! Que la tempête fasse rage et exprime ne serait-ce qu'un dizième de ce qu'il ressentait comme détresse en cet instant. Les oiseaux ne devraient pas chanter ainsi! Qu'ils se taisent! qu'ils se taisent tous! Silence...
D'ordinaire, lorsqu'il se sentait mal ou avait besoin de parler, Harry faisait appel à Sirius, son très cher parrain découvert deux ans plus tôt. Mais deux ans, c'est court. Bien trop court.
Tous partis... Tout le monde le laisse... Seul, il se retrouve... seul.
Le fait d'être orphelin était déjà en soit quelque chose de difficile à porter... Mais pourquoi lui avoir donné tant d'espoirs éphémères? Tant de fausses-promesses?
N'a-t-il donc pas le droit... d'aimer?
N'a-t-il donc pas le droit d'être vraiment heureux? D'avoir sa part de bonheur?
Sera-t-il éternellement condamné à renoncer à tout ce qui pourrait éclairer son existence, faite d'épreuves qui s'enchaînent les unes aux autres, de douleurs et de souffrance?
Sirius...
Ils devaient vivre ensemble une fois Voldemort vaincu, ils devaient partager la même demeure, vivre à la campagne, rire ensembe d'anecdotes en tout genre. Ils auraient dû avoir droit à ce bonheur.
La vie est injuste.
Harry longea le lac, gardant la tête baissée, le regard dans le vide, marchant par automatisme. Peut-être était-ce parce qu'il ne voulait plus les entendre, mais les oiseaux étaient devenus silencieux. Étaient-ils tous partis? Tant mieux. Derrière lui, sa cape ondulait sous la légère brise qui venait tout droit des montagnes entourant le château. Un nuage se profilait à l'horizon. La pluie viendrait-elle?
Voldemort... C'était sa faute s'il avait perdu chaque membre de sa famille! La faute de ce monstre de cruauté, assoifé de pouvoir et de sang, de tortures et de morts!
Mais... pourquoi? Pourquoi Harry n'avait-il pas pu empêché son retour? Comment avait-il pu commettre toutes ces erreurs qui avaient au final provoqué la mort de la seule personne qui lui restait? Pourquoi... Pourquoi n'avait-il pas tué Queudver tant qu'il aurait pu le faire? Pourquoi avait-il dit à Cédric de prendre le portoloin en même temps que lui, causant une fois encore une mort qu'il ne désirait pas? Comment pouvait-il être aussi stupide...?
Harry s'en voulait énormément... Il ne pouvait plus voir son reflet dans un miroir sans avoir envie de le briser. "Tu ressembles tellement à ton père, Harry." Mais son père aussi était mort. "Sauf les yeux... Tu as les yeux de ta mère." Et elle aussi était partie. Tous... Tous partis...
Sirius... Le dernier espoir qu'il lui restait d'avoir un jour une vie heureuse.
_ Sirius! appela-t-il en fixant le ciel d'un regard désespéré. SIIIRIIIUUUUUUUUUUUUSSS!!!!!!
Mais personne ne lui répondit. Des larmes coulaient maintenant le long de ses joues, mais il n'essayait plus de les retenir. Il les avait cachées tellement souvent, refoulées au plus profond de lui-même. Maintenant qu'il était enfin seul, il pouvait se permettre de se laisser aller. Maintenant seulement, il avait le droit de pleurer.
Le ciel se couvrit doucement de nuages gris. Plus aucun bruit n'était audible. Les larmes silencieuses se perdirent bientôt dans un rideau de minuscules goutes de pluies. Mais la tempête ne fit pas rage, au contraire. la pluie semblait vouloir appaiser le coeur lourd de Harry. Le vent quant à lui le berçait doucement, avec tendresse.
Harry ferma les yeux. Il se sentit partir, soulevé et emporté par le vent, emmené dans les étendues infinies de paysages nuageux dans un tourbillon de caresses. Le vent parassait jouer avec lui, le faisant tantôt gravir les plus hauts nuages et tantôt redescendre en piqué jusqu'à quelques centimètres seulement du sol. Mais Harry n'ouvrait toujours pas les yeux. Il ne voulait plus les ouvrir. Il se laissait faire. Le monde était bien trop cruel. Il voulait partir, s'évader...
Au dessus des nuages, la pluie faisait place au soleil. Harry sentait ces rayons l'effleurer, délicatement, comme pour ne pas le blesser, comme pour le ménager...
Comme pour lui promettre que derrière les malheurs, il aura droit au bonheur.
Le vent continuait de l'emmener à travers les nuages et la lande, le faisant tourbillonner en une magnifique danse aérienne. Puis, Harry se rapprocha lentement du sol et y fut déposé avec la délicatesse d'une plume. Il prit un certain temps avant de se décider à réouvrir les yeux. La pluie avait cessé. Avec la pluie étaient parties ses larmes. Il souleva ses paupières encore lourdes de tout ces pleurs, et observa le monde autour de lui. Les oiseaux avançaient des chants à l'allure timide, comme pour demander la permission. Les arbres se laissaient légèrement courber au gré du vent, puis se redressaient de toute leur hauteur. Le soleil faisait éclore quelques fleurs au bord du lac.
La vie continuait.
Et il faudrait bien qu'il réapprenne à vivre, prenant exemple autour de lui. Ce ne serait pas facile, d'avance il le savait. Mais Harry venait de prendre une décision.
Il ne fallait pas qu'il se laisse aller, il fallait qu'il devienne fort, bien plus fort qu'il n'était déjà afin d'un jour, il l'espérait, faire payer à son plus grand ennemi la mort des personnes qui lui sont chères.
Il se redressa, une lueur de détermination dans les yeux. Il rejeta son capuchon sur son visage puis, se ravisant, il le remit en place et se redirigea vers le château. Les autres élèves allaient bientôt se lever et envahir chaque couloir de l'école. La vie reprendrait ses droits, et il devait en faire partie.
Il se retourna une dernière fois sur le lac et les montagnes autour de lui. Il esquissa un léger sourire et murmura un "merci" à peine audible. En réponse, un rayon du soleil vint lui caresser l'épaule un instant. Son parrain aurait fait de même...
_ Sirius, es-tu devenu un ange?
